Voyage en Isan: Deuxième partie

Après le sud, la deuxième grande boucle de mon tour de l’Isan démarre à Khon Kaen.

Installé le premier soir au cœur de la ville, c’est en réalité mon troisième séjour à Khon Kaen.

Cette fois-ci toutefois, l’intention n’est pas de faire la fête mais de parcourir la province et celles avoisinantes pour y découvrir les temples les plus étonnants, à Kalasin et Roi-et notamment.

Mais effectuons d’abord un bref retour en arrière.

Maha Sarakham pour débuter

Quelques mois plus tôt, après avoir loué un scooter à Khon Kaen dans un commerce semblable à une succursale de la police locale, je prenais la direction de Maha Sarakham, une ville de taille moyenne abritant pourtant la plus grande université de la région.

Sous la douceur du mois de janvier, c’était alors ma première visite d’une province de l’Isan.

Pendant trois jours intensifs, dix-sept temples sont à mon programme, dont deux vestiges khmers, quelques Sim colorés à l’image du Wat Paleilai, le pont en bois de Kae Dam et quelques temples modernes.

Kae Dam Bridge

Pont de Kae Dam

Ku Santharat

Vestige khmer

Wat Paleilan Na Dun

Sim du Wat Paleilai

Villages de l’Isan

C’est à l’occasion de cette découverte de la province de Maha Sarakham que j’ai observé la spécificité de la région Isan.

Ce n’est pas tant la platitude relative du paysage, ni les nombreux lacs qui parsèment le territoire, ni la présence du Mékong délimitant la région au nord et à l’est, ni quelques caractéristiques culturelles qui ne sont finalement pas si distinctes des autres régions thaïlandaises.

Non, la spécificité essentielle de l’Isan, ce qui donne à la région sa singularité et sa vivacité, ce sont les milliers de villages placés à intervalles réguliers si l’on prend la peine d’emprunter les routes secondaires.

Ces villages et hameaux sont denses car ils sont intimement liés à l’organisation sociale et la culture rizicole.

Lorsque les collines apparaissaient, les rizières disparaissent et les villages s’espacent alors le long des routes.

Cette configuration s’observe très bien vers la montagne de Khao Yai, ou encore près des monts de Phu Phan qui séparent les provinces de Mukdahan, Sakon Nakhon et Kalasin.

Bien entendu, des villages similaires existent au nord de la Thaïlande, voire dans les plaines rizicoles autour de Bangkok et le long des principaux cours d’eau, mais nulle part ailleurs dans le royaume ils ne sont si nombreux.

En Isan, les hameaux et villages se rencontrent littéralement partout !

Cette omniprésence offre au moins deux avantages pour le voyageur : on ne sent jamais seul et la probabilité de se perdre est inexistante.

Villages de France

Au risque d’interpeller, ces bourgs me rappellent les communes de l’hexagone, ces villages situés le long des routes départementales : dans le Périgord, les Corbières, l’Alsace, le Bugey, le Finistère, les Cévennes, l’arrière pays niçois, le Loiret, la Bourgogne, la Touraine, et tant d’autres régions où les villages façonnent les campagnes françaises.

Bien évidemment, ces similitudes n’interviennent pas au niveau architectural où les habitations en bois et les temples aux reflets dorés remplacent les clochers des églises et les maisons en dur, ni d’un point de vue géographique, climatique ou culturel, mais davantage par l’idée qui constitue l’essence d’un village, à savoir une communauté soudée autour d’un passé commun, dictant la forme des rapports sociaux et animant la vie locale.

L’héritage culturel de l’Isan, je dirais même la force sociale et culturelle à préserver, c’est avant tout ces villages et leur vie quasi-communautaire.

Une organisation structurée

A l’opposé de l’anarchie urbaine de la capitale, les villages de l’Isan se développent selon des coutumes ancestrales qui ne doivent rien au hasard, renvoyant à des croyances et des règles insoupçonnées pour le visiteur.

Lorsqu’on s’arrête dans un village, l’ordre des choses se fait jour : le chef du village charismatique, les esprits et les croyances animistes qui perdurent en substance, les jeunes générations à l’écoute des moines et des anciens, tous se rejoignant au monastère pour prendre refuge devant le Bouddha.

Temples de la forêt

Une partie non négligeable de ces milliers de communes, même les plus modestes, accueillent deux monastères bouddhistes : un Wat au cœur du village et un temple de la forêt, un Wat Pa (วัดป่า).

Et c’est précisément du fait de cette organisation que la majorité des 30 000 temples bouddhistes en Thaïlande sont situés en Isan, et non dans le nord de la Thaïlande ou vers Bangkok comme on pourrait le penser à tord.

Si le sujet des villages de l’Isan et des temples de la forêt vous intrigue, je vous conseille vivement la lecture des travaux de Bernard Formoso, un anthropologue ayant longuement étudié la région.

Kalasin, au carrefour de l’histoire

Après ce long intermède à Maha Sarakham et ses villages, reprenons le fil du récit à la suite de mon arrivée à Khon Kaen depuis Buriram.

Au petit matin, je loue pour la seconde fois un scooter dans le magasin face à l’hôtel Pullman et prends sans délai la direction de Kalasin.

Kalasin est une province sympathique, à l’image de Maha Sarakham et ses villages. Du fait de son passé riche, elle permet de remonter le fil de l’histoire.

L’histoire est constituée de soubresauts, de mystères et de trous immenses à combler. Le récit des siècles et millénaires passés n’est pas linéaire et la région Isan permet d’en découvrir quelques strates.

Ainsi, un Sim centenaire et les squelettes de dinosaures font chacun à leur manière partie intégrante de l’histoire de la région.

Les traces les plus anciennes à Kalasin sont les ossatures de sauropodes découvertes au Wat Sakkawan, là où siège le musée Sirindhorn.

Après un saut de quelques dizaines de millions d’années, les ruines d’anciennes civilisations sont un autre élément historique.

Kalasin ne compte pas spécifiquement de vestiges khmers mais des stigmates de l’ère dvâravatî, le meilleur exemple étant l’ancienne cité de Muang Fa Daet et ses stèles, au sud de la province.

Muang Fa Daet

Cité de Muang Fa Daet

Stèle millénaire

Stèle millénaire

Agé d’un siècle ou moins, certains Sim de la province et leurs peintures murales font bels et bien partis de l’histoire architecturale, artistique et culturelle de la région car ils témoignent déjà du passé : on n’en construit plus de tels depuis les années 50.

Wat Udom Pracharat

Peintures extérieurs sur un Sim

A l’inverse, une nouvelle mode architecturale s’inspire des temples de Luang Prabang, se détournant des normes architecturales venues des plaines centrales au XXe siècle, de Bangkok en particulier.

D’une certaine manière, ces nouveaux monuments se réapproprient l’héritage culturel laotien, lorsque le Royaume de Lan Xang s’étendait largement en Isan.

Wat Wang Kham

Temple moderne inspiré par l’architecture de Luang Prabang

La région la plus agréable de la province de Kalasin sont les abords du lac Lam Pao (ลำปาว), à une trentaine de kilomètres au nord de la capitale provinciale.

Le périmètre compte le musée Sirindhorn précédemment évoqué, mais aussi quelques temples nichés dans la nature verdoyante, à l’image du Wat Phuttha Satan Phu Sing et son escalier interminable.

Escalier interminable

Escalier vers le Wat Phuttha Satan Phu Sing

Roi-Et, ville aérée

Après Kalasin, direction le sud vers Roi-Et, une ville présentant une configuration liée à son histoire, via son ilot central et les douves délimitant la vieille-ville, offrant à l’agglomération son visage aéré.

Roi-Et est une ville agréable comptant quelques temples historiques. Ma première suggestion va pour le Wat Klang Ming Muang et ses peintures murales.

Près de là se tient le Wat Burapha Phiram, avec en point d’orgue son bouddha en position debout atteignant 67 mètres de haut, le plus monumental de Thaïlande dans cette posture.

Wat Burapha Phiram

bouddha atteignant 67 mètres de haut

La province de Roi-Et présente une diversité étonnante de lieux de cultes, quelques vestiges khmers, plusieurs salles d’ordinations (Sim) de type Isan dans les villages, et au moins deux temples extravagants, le Wat Pa Kung (วัดป่ากุง) et le Wat Chedi Chai Mongkol (วัดเจดีย์ชัยมงคล).

Borobudur

Petit Borobudur du Wat Pa Kung

Wat Phra Maha Chedi Chai Mongkol

Stupa du Wat Chedi Chai Mongkol

Retour à Khon Kaen

Après avoir arpenté la ville de Roi-Et et ses environs, je délaisse pour l’instant la partie la plus au sud de la province pour regagner Khon Kaen.

Comme toujours, je débute par les temples situés hors de la ville. Un jour au sud, deux jours à l’ouest, deux jours au nord, avant de terminer par quelques temples en ville et ses alentours, soit six jours au total pour visiter pas moins de 27 monastères.

Khon Kaen et ses environs

A l’image de Roi-Et, la province de Khon Kaen affiche une diversité étonnante de lieux de cultes, quelques vestiges khmers, dont le magnifique Kua Puai Noi et ses pierres roses, quelques Sim colorés à l’image du Wat Chaisi, des temples importants spirituellement parlant tels le Wat Chetiyaphum, ainsi que de nombreux monastères appartenant à la tradition de la forêt.

Grès rose

Grès rose du Ku Puai Noi

Wat Chaisi

Peintures du Wat Chaisi

Phrathat Kham Kaem (พระธาตุขามแก่น)

Stupa sacré du Wat Chetiyaphum

Pour découvrir les paysages les plus remarquables de la province de Khon Kaen, regardez à l’ouest, vers Ubonrat et son lac, ou encore Chumpae et le district de Phu Wiang, là où une longue montagne isolée en forme de fer à cheval a été le théâtre de la découverte des premières ossatures de dinosaures en Thaïlande, dans les années 70.

Khon Kaen l’ambivalente

Khon Kaen, ville paradoxale, est le haut-lieu universitaire et intellectuel de l’Isan, souvent en pointe dans la contestation gouvernementale et contre l’omnipotence de Bangkok, mais qui accueille fièrement une effigie de Sarit Thanarat, ancien chef de la police national devenu un premier ministre autoritaire et corrompu dans les années 60 avec la bénédiction des Américains.

En quelques décennies, Khon Kaen est devenu l’équivalent de Chiang Mai pour la région Isan.

Une ville avec toutes les commodités imaginables, animée il va sans dire, étudiante et très sympathique en comparaison d’une ville française de même taille mais qui, d’une certaine manière, est légèrement élitiste par rapport à d’autres cités de l’Isan, généralement plus guillerettes.

Cela parait difficile à croire étant donné sa physionomie actuelle, mais il y a soixante ans, Khon Kaen était encore un grand village, la population ayant graduellement augmenté à mesure que l’exode rural s’est intensifié dans la deuxième partie du XXe siècle.

Khon Kaen présente donc toutes les caractéristiques d’une ville moderne.

Et qui dit ville moderne, comme du reste beaucoup d’autres en Isan, dit peu de temples qui méritent le détour.

Ainsi, malgré ces 100 000 habitants, l’agglomération ne compte que quelques monastères significatifs, tous d’aspects récents, à l’image du Wat Nong Waeng et sa pyramide dorée, ou encore le Wat Thung Setthi et son architecture audacieuse, au sud-est de la ville.

Wat Nong Waeng

Pyramide du Wat Nong Waeng

Wat Thung Setthi

Wat Thung Setthi

Après avoir exploré la partie centrale de l’Isan, la plus méconnue, avoir observé ses villages vivifiants que j’ai pris plaisir à découvrir, avoir séjourné dans des villes où l’avenir s’annonce radieux à l’image de Khon Kaen ou Roi-Et, un cours trajet en bus m’amène jusqu’à Udon Thani.

De là, je débuterai ma troisième grande étape de ce voyage à travers l’Isan, et dont le fil rouge sera le fleuve Mékong.

Temples à découvrir
Commentaires
  • Annie Bouttier
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    Merci pour ce long article très documenté ; j’ai beaucoup circulé en Thaïlande ( dont 2 séjours en Isan) mais toujours en transports en commun…ne voulant pas louer de voiture ou scooter je vais finir par me résoudre soit à privatiser un tuk-tuk à la journée soit un taxi pour pouvoir accéder à ces villages ou même certaines villes ( Yasothon)
    Encore merci… de nous permettre de continuer à voyager lorsque nous sommes de retour!

    • Loris
      Répondre

      Merci pour votre message Annie. 🙂 Vous avez de l’expérience du pays, alors je vous conseille un jour de tenter la location de voiture. A mon avis, l’Isan c’est le meilleur endroit pour débuter car à l’exception de deux ou trois autoroutes, il y a très peu de passages sur les routes secondaires.

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Crapaud Yasothon